Preuve illicite (non-conforme au RGPD) en droit du travail : intervention sur le plateau TV de l’AFCDP de notre associée, Laure Landes-Gronowski

Produire une preuve illicite pour gagner un contentieux prud’homal : une tentation croissante pour les employeurs… mais à quel prix ?

 

Produire une preuve illicite (non-conforme au RGPD) en contentieux prud’homal : une stratégie risquée pour l’employeur ?

Le 22 mai 2026, notre associée IT, Data & Cyber, Laure Landes-Gronowski, est intervenue sur le plateau TV de l’AFCDP (Association Française des Correspondants à la Protection des Données Personnelles) autour d’une thématique très opérationnelle :

Produire une preuve illicite obtenue en violation du RGPD dans un contentieux prud’homal : bonne ou mauvaise idée pour l’employeur ?

Cette question est aujourd’hui au cœur des pratiques des entreprises, à la croisée du droit du travail, du RGPD et du droit de la preuve.

 


1. Quels sont les principaux modes de preuve potentiellement illicites ou déloyaux ?

En pratique, les contentieux prud’homaux impliquent souvent des preuves issues de dispositifs de contrôle ou de surveillance des salariés, susceptibles d’être jugés illicites ou déloyaux.

  • Vidéosurveillance des salariés
  • Géolocalisation des salariés
  • Logs et surveillance informatique (ex : journalisation, adresses IP, keyloggers)
  • Messageries et emails “privés”
  • Enregistrements clandestins
  • Filature par détectives (cf. agences de recherche privée)

De tels dispositifs impliquent des risques de dérives et de caractère illicite ou déloyal pour plusieurs raisons :

  • absence d’information préalable,
  • surveillance permanente et continue des postes de travail,
  • surveillance excessive des salariés,
  • atteinte à la vie privée,
  • détournement de finalité (sécurité → contrôle individuel → procédure disciplinaire).

La CNIL rappelle d’ailleurs régulièrement que ces dispositifs doivent respecter les principes directeurs du RGPD (notamment finalité, minimisation, proportionnalité,…).

 


2. Preuve illicite : des droits antinomiques en balance ?

La preuve illicite en contentieux prud’homal met en tension deux droits fondamentaux :

Droits du salarié

  • droit à la vie privée (art. 8 CEDH),
  • protection des données personnelles (RGPD),
  • secret des correspondances (Code pénal),
  • information préalable (RGPD et Code du travail).

Droit à la preuve de l’employeur

  • fondé sur le droit à un procès équitable (article 6 CEDH),
  • reconnu par la jurisprudence nationale et européenne.

Aucun de ces droits ne prime automatiquement : le juge doit arbitrer.

 


3. Une évolution majeure : la preuve illicite n’est plus automatiquement et systématiquement rejetée

Pendant longtemps, la règle était simple en matière civile :

❌ Preuve illicite = irrecevable

Aujourd’hui, ce principe a évolué.

Depuis la jurisprudence récente, notamment l’arrêt du 22 décembre 2023 (Cour de cassation, assemblée plénière) :

✅ Une preuve illicite peut être admise… si certaines conditions sont remplies !

 


4. Le test d’admissibilité de la preuve illicite

Deux conditions cumulatives s’appliquent désormais :

1️⃣ Une preuve indispensable

La preuve doit être :

  • le seul moyen de démontrer les faits,
  • sans alternative moins intrusive.

2️⃣ Une preuve proportionnée

L’atteinte à la vie privée doit être :

  • strictement proportionnée au but poursuivi,
  • limitée dans son périmètre, sa durée et son intensité.

Le juge réalise une appréciation au cas par cas : imprévisibilité

 


5. Quels sont les risques d’une preuve illicite pour l’employeur ?

Produire une preuve illicite dans un contentieux prud’homal expose à plusieurs risques cumulés.

Risque prud’homal et civil

  • rejet de la preuve,
  • requalification du licenciement,
  • indemnités importantes,
  • risque de voir engager la responsabilité civile délictuelle de l’employeur (dommages intérêts pour réparation du préjudice moral subi du fait de l’atteinte à la vie privée ou du non-respect du RGPD)

Risque Cnil (RGPD)

Un point clé : une preuve admise n’est pas pour autant conforme au RGPD

L’employeur peut être sanctionné pour :

  • défaut d’information,
  • absence de base légale,
  • détournement de finalité.

Risque pénal

Certaines preuves illicites peuvent constituer des infractions pénales :

  • atteinte à la vie privée,
  • violation du secret des correspondances privées,
  • collecte frauduleuse de données,
  • etc.

Risque réputationnel

  • décisions publiques,
  • impact sur la marque employeur,
  • médiatisation.

 


6. Preuve illicite : une fausse bonne idée ?

En pratique :

✔️ Oui, une preuve illicite peut parfois être admise
❌ Mais la stratégie reste hautement risquée

 

Le juge applique un contrôle strict :

  • exigence d’indispensabilité élevée,
  • analyse concrète de proportionnalité,
  • forte incertitude.

 


7. Comment sécuriser la preuve en entreprise ?

La meilleure stratégie reste la prévention.

✔️ Anticiper la conformité RGPD

  • associer le DPO à l’analyse de tout dispositif impliquant une éventuelle surveillance des salariés,
  • documenter la conformité des traitements,
  • encadrer les dispositifs.

✔️ Vérifier les finalités

  • éviter les détournements,
  • aligner usage et objectif initial.

✔️ Appliquer une grille d’analyse

Avant d’utiliser une preuve :

  • est-elle indispensable ?
  • existe-t-il une alternative ?
  • est-elle proportionnée ?

 


À retenir

La preuve illicite RGPD prud’homale n’est plus automatiquement rejetée… mais reste une arme à double tranchant.

L’admissibilité dépend d’un test strict : indispensabilité ET proportionnalité.

La seule véritable sécurité juridique reste dans l’anticipation et la conformité RGPD dès l’origine.

 

Voir également nos articles sur ce sujet :

 

*              *

*

 

Le Pôle « IT, Data protection & Cybercriminalité » d’AGIL’IT se tient à votre disposition pour vous accompagner dans le cadre de votre stratégie contentieuse et plus généralement pour vous permettre de déployer des pratiques respectueuses de la vie privée et de la protection des données à caractère personnel.

 

*              *

*

 

PS : quelques photos souvenirs du tournage ! Un grand merci à tous les membres de l’équipe de l’AFCDP pour leur accueil chaleureux et bienveillant (Nathalie Brunet, Patrick Blum, Thomas Ajoodha, Loic Quellais et bien sûr Philippe Salaün, présentateur de talent !).

 

Preuve illicite AFCDP bis

       Preuve illicite AFCDP

       

 

Par AGIL’IT –  Pôle ITData & Sécurité

Laure LANDES-GRONOWSKI, Avocate associée